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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 10:04

La grève des photographes de 20Minutes illustre les menaces qui pèsent sur le métier de journaliste reporter-photographe, ainsi que l’a souligné à plusieurs reprises le SNJ, première organisation de la profession.

Comme l’ont exprimé eux-mêmes les confrères du quotidien gratuit, en plus de voir six d’entre eux perdre leur emploi après plusieurs années de collaboration, on demande à ceux qui restent de travailler beaucoup plus, pour gagner beaucoup moins.

On leur impose des tâches qui ne sont pas conventionnellement les leurs. On ne leur verse aucune compensation à l’achat de matériel (chaque photographe doit, pour pouvoir travailler, investir lui-même dans son outil de travail). Des frais ne leur sont pas remboursés. Il n’existe aucun accord d’entreprise sur la reprise de leurs photos et leur utilisation sur l’Internet. Des points de la convention collective des journalistes ne sont pas respectés (ancienneté dans l’entreprise et dans la profession). Ils n’ont aucune assurance professionnelle, que ce soit pour leur véhicule, le matériel ou leur responsabilité civile.

Le Syndicat national des journalistes (SNJ) se déclare aux côtés des grévistes de 20Minutes et soutient leurs demandes : de réelles négociations sur tous les points qu’ils soulèvent, pour le simple respect de leurs droits, afin de sortir de ce Moyen âge social.

A cette occasion, le SNJ rappelle que le travail journalistique est indispensable au bon exercice de la démocratie. Dans le travail journalistique, il y a celui des reporters-photographes.

A une époque où tout tourne autour des images, où leur importance n’est plus à démontrer, tant pour leur valeur d’information, de témoignage, de contre-pouvoir que de mémoire historique, tout concourt, économiquement, à ce que le métier de reporter photographe disparaisse, comme a déjà disparu (et avec elle son fonds d’archives) une prestigieuse agence de photographie comme Gamma.

Dans les « supports » de l’information, l’apparente facilité avec laquelle le quidam peut faire des photographies contribue à ce que le travail du reporter-photographe professionnel ne soit plus reconnu. Comme tous les journalistes professionnels, les reporters-photographes doivent respecter des règles déontologiques qui ne s’imposent pas au simple citoyen. Ces règles garantissent la fiabilité des images dont chacun sait qu’elles sont très facilement falsifiables.

Au mépris de la qualité de l’information et de sa crédibilité, un autre journal gratuit, Métro, publie en première page une photo d’amateur qu’il paie 70 euros (trois à six fois moins cher que le tarif habituel). Il appelle à une « communauté de citoyens reporters rémunérés » en laissant penser que le photojournalisme n’est plus un métier.

Dans trop de situations, le travail du photojournaliste est entravé, quand il n’est pas nié : interdictions d’accès ; accréditations distribuées à des photographes « sélectionnés » au mépris de la liberté de la presse ; temps compté jusqu’à l’absurde pour travailler ; contrôles, voire censure, qui se multiplient ; autorisations tatillonnes de plus en plus systématiques sous prétexte de « droit à l’image ». Il s’agit là, en fait, d’un droit de contrôle que s’octroient les détenteurs de pouvoir sur le travail journalistique en général, sur celui des photojournalistes en particulier, comme s’il était mineur.

Faut-il encore démontrer que le photojournalisme est un métier à part entière ? Pour l’exercer, il faut du professionnalisme, du temps, de l’expérience, du matériel qui coûte très cher. La chute vertigineuse des prix des photos dans bien des supports ne permet plus aux reporters photographes de vivre dignement de leur travail.

Le risque est grand pour la démocratie que des pans entiers d’information deviennent ainsi inaccessibles, voire inexplorés.

Il est indispensable que les employeurs soient convaincus de ces nécessités. Qu’ils cessent de confondre informations iconographiques et illustrations. Qu’ils ne contribuent plus à tuer le métier de reporter-photographe en supprimant à tout-va les postes correspondant à cette fonction, ou en demandant à d’autres journalistes de faire tout en même temps, c’est-à-dire n’importe quoi. Il faut, le cas échéant, que ces employeurs soient épaulés par l’Etat.

Toutes ces questions seront notamment abordées au cours de l’entretien que Frédéric Mitterrand, le ministre de tutelle, accordera au SNJ, le 8 mars prochain.

le 10 février 2010

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Published by snj-normandie.over-blog.com - dans syndicat
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